[Couture] Coudre de la soie

La soie est un tissu brillant, lisse et souple. Il est donc difficile à travailler. Il n’est pas forcément doux car certains types de soie, comme vous le lirez ci-dessous, sont plus ou moins rêches. C’est, en tous les cas, un tissu noble (et donc cher) car sa production est réduite. Il faut donc prendre certaines précautions pour le coudre, comme nous le verrons dans ce billet. Pour ma part, j’ai cousu uniquement du satin de soie pour réaliser la doublure d’un teddy. J’ai donc utilisé certains outils ou certaines techniques recommandées dans ce billet. D’une manière générale, je vous recommande de faire des essais sur des chutes de tissu pour toutes les opérations : premier lavage, amidonnage, couture, etc. Cela vous permettra de voir quel est l’outil ou la technique la plus appropriée selon le tissu que vous avez choisi. Nous verrons les principales caractéristiques de ce tissu avant de nous intéresser à la coupe, la couture et l’entretien de ce tissu.

Les principales caractéristiques de la soie

La soie est une fibre naturelle protéique (c’est-à-dire d’origine animale), provenant d’un papillon. Selon une légende chinoise, il y a 5000 ans, l’impératrice Si Ling Shi (ou Lei Zu) avait observé le ver à soie filer son cocon. Elle en aurait alors déroulé les filaments pour faire un tissu. C’est au VIe siècle av. J.-C. que la production de la soie s’établit dans le bassin méditerranéen, après que des œufs de contrebande furent amenés en Europe. Jusque-là, la production de soie était gardée secrète.

Les tissus de soie sont principalement issus du cocon de la chenille du bombyx du mûrier, une espèce domestiquée. Il existe plusieurs espèces non domestiquées dont la principale est le tussah à partir duquel on produit la soie sauvage. La soie a de multiples propriétés. En terme d’isolation thermique, elle protège aussi bien du froid que de la chaleur. Comme la laine, elle est donc thermorégulatrice. C’est, en effet, un tissu respirant qui crée une quantité d’air entre le vêtement et la peau. Comme la laine également, la soie peut absorber une grande quantité d’eau rapidement. Enfin, sa finesse et sa douceur la rendent agréable à porter. A l’exception des soies très fines et très lisses, elle ne se froisse pas facilement. La transpiration, les déodorants et les parfums peuvent la décolorer. Il est donc conseillé d’utiliser des dessous de bras pour la protéger.

Les tissus de soie typiques sont :

Bourrette
Crêpe de Chine*
Oulard
Ottoman*
Velours
Brocart*
Crêpe de satin*
Gazar
Pongé*
Soie
Charmeuse
Damas
Mousseline*
Satin*
Chiffon
Faille
Organza*
Taffetas
Soie sauvage :
Doupion
Honan
Shantung*

Voici les caractéristiques de quelques-uns de ces tissus (*) :

  • Brocart : tissu orné de fils de soie argenté ou doré ;
  • Crêpe : étoffe fripée et légère ;
  • Crêpe de Chine : tissu granuleux infroissable légèrement ondulé mais rêche ;
  • Crêpe de satin : tissu doux, très brillant au recto et mat au verso ;
  • Mousseline : étoffe légère mais rêche au toucher ;
  • Organza : voile très fin, rigide et transparent mais rêche ;
  • Ottoman : tissu épais avec de grosses côtes tramées sur coton ;
  • Pongé : tissu de soie léger, lisse et légèrement brillant ;
  • Satin : tissu uni, brillant et solide ;
  • Shantung : toile de soie raide.

La soie est utilisée aussi bien dans l’habillement que pour les textiles de maison :

HabillementAccessoiresTextiles de MaisonUsages industriels
Robes
Blouses
Lingerie haut de gamme
Vêtements de soirée
Sous-vêtements de ski
Foulards
Gants
Cravates
Chapeaux
Sacs à main
Fleurs artificielles
Recouvrement mural
Rideaux
Tapis
Abat-jour
Literie
Fils à coudre
Fils à broderie
Pneus de bicyclette de courses

En général, dans la mode féminine, la soie est utilisée pour fabriquer des vêtements amples aux lignes gracieuses et fluides. On réalise en soie des hauts, des jupes ou des robes et notamment des robes de soirée, avec des drapés. En soie sauvage, vous pouvez réaliser des hauts et des tailleurs. L’organza donnera un effet gonflé à votre vêtement. Évitez de choisir un patron avec beaucoup de détails (découpes, poches, etc.) afin de ne pas travailler trop le tissu. Vous pouvez aussi, comme je l’ai fait utiliser la soie pour réaliser une doublure à la place du polyester. L’avantage d’utiliser de la soie pour réaliser une doublure : plus de confort, plus de résistance par rapport aux tensions, un vêtement moins froissé.

Pour faire une doublure en soie, vous pouvez utiliser différentes soies selon le vêtement que vous fabriquez :

Soie de ChineTwillCrêpe de ChineCharmeuseSatin de soie
Types de vêtementsPantalons
Jupes légères
Blouses délicates
Vêtements d’été
Vêtements fins et délicats
Robes d’été
Vestes
Vestes
Blousons
Manteaux d’hiver
CaractéristiquesMoins durable
Peut se déchirer si vous
portez souvent le vêtement
Plus solide et Moins transparent
que la soie de Chine
Idéal pour doubler les pantalons blancs
Infroissable
Souple
Plus solide que la soie de Chine
Moyennement lourd
Attention au poids
Nombreux choix de coloris
Plutôt épaisse

La réglementation sur l’étiquetage des tissus stipule que le terme « soie » peut être employé si et seulement si les fibres obtenues proviennent de cocons de vers à soie. Les descriptions comme « soie naturelle », « soie manufacturée », « jersey de soie », « damas de soie » sont interdites pour désigner des cotonnades. Que vous achetiez votre tissu en boutique ou en ligne, vous devez trouver le code « SE » pour « soie » dans la description du produit, ainsi que des conseils de lavage.

Préparer le tissu

Le premier lavage

Sauf pour le doupion qui se nettoie à sec, il est recommandé de laver votre tissu avant de le couper. Reportez-vous aux conseils de lavage du tissu et faites un test sur un échantillon. En général, on lave la soie car elle peut avoir tendance à rétrécir. Un rétrécissement, même minime, provoquera des godets et faux plis surtout si le tissu est mince et léger. Cela permet également de se prémunir des risques par la suite d’avoir des tâches d’eau sur le tissu.

Si votre tissu est foncé, il vaut mieux le laver seul. Vous pouvez le laver à la main ou utiliser le programme main de votre machine, en tous les cas, un cycle permettant un lavage à froid. Pour laver votre tissu à la main, foulez doucement le tissu dans l’eau tiède avec un produit approprié.

En effet, comme pour laver la laine, il faut utiliser une lessive appropriée, au pH neutre et qui ne contient pas d’enzymes qui décomposent les protéines. Une lessive spéciale soie et laine ou un shampooing doux peuvent convenir. L’eau tiède a pour effet de libérer une substance naturellement présente dans la soie qui a pour effet d’en rafraîchir l’aspect. Rincez ensuite à l’eau claire. Pour essorer le tissu, il ne faut surtout pas le tordre. Déposez votre tissu entre deux serviettes (pliez-le si besoin), pressez pour que les serviettes de bain absorbent l’eau. Repassez ensuite l’envers du tissu encore humide avec votre fer à basse température, sans vapeur. Évitez de trop presser le fer ; exercez plutôt une légère pression. Ainsi, pas de plis ! Terminez le séchage en étalant bien à plat votre tissu. Pour ma part, une fois l’étape des serviettes terminées, j’avais juste étalé mon tissu à plat pour le faire sécher. Je vous conseille fortement de faire un test pour cette première étape.

J’ai lu dans mon livre de couture que le lavage à la main pour les teintes foncées n’était pas recommandé et que ces teintes finissaient par se décolorer. Personnellement, j’ai lavé mon satin de soie noire à la main. Cela n’a pas altéré le tissu du tout. A voir donc ce qu’il en est avec le temps…

L’entoilage

Sachez que vous pouvez tout à fait entoiler de la soie avec un entoilage thermocollant. La marque Vlieseline en propose même plusieurs. Je n’ai pas eu besoin de la faire pour le vêtement que j’ai réalisé. Si vous voulez en savoir plus sur le thermocollant, je vous conseille de lire le billet que j’ai écrit à ce sujet en cliquant ici.

Couper la soie

Pour préparer votre tissu à la coupe, vous pouvez l’amidonner. L’amidonnage permet de rigidifier le tissu. Il sera alors plus facile de le couper. Vous pouvez utiliser des bombes aérosol d’amidonnage ou fabriqué le produit vous-même avec de l’eau et de l’amidon (comme la fleur de maïs). L’amidon partira à l’eau froide et votre tissu retrouvera sa fluidité. Par contre, il y a un risque qu’au repassage, le tissu jaunisse. Là encore, mieux vaut faire un essai. Sinon, il y a d’autres techniques pour faire en sorte que votre tissu ne glisse pas pendant la coupe. Personnellement, je n’ai pas amidonné mon tissu.

Les épingles

Selon le type de soie, il est possible d’utiliser des épingles. Il faudra toutefois vérifier sur un échantillon si les épingles ne font pas de trou dans votre tissu. Si vous pouvez utiliser des épingles, il faut choisir des épingles pointues et surtout extra-fines, soit 0,5 mm de diamètre. De préférence, elles doivent être assez courtes et sans tête car, dans le cas contraire, elles peuvent créer des boursouflures au niveau du patron en papier ou du tissu. Si vos aiguilles sont neuves, il faudra les essuyer avant de vous en servir afin d’enlever le revêtement huileux et ne pas risquer de tacher votre tissu. J’ai lu que certaines épingles dites « spéciales soie » sont encore trop grosses pour ce type de tissu. Pour ma part, j’ai acheté cette boîte d’épingles sur le site de Rascol et j’en suis très contente.

Épingles spéciales soie de 0,5 mm de diamètre

Le plan de travail

Pour couper votre tissu, il faudra dans un premier temps préparer votre plan de travail. De toute façon, vous aurez besoin d’un plat de travail relativement grand ; si le tissu pend sur les côtés dans le vide, cela risque de déformer le tissu et donc les pièces coupées. Plusieurs solutions s’offrent à vous afin que votre tissu ne glisse pas pendant la coupe. Tout d’abord, vous pouvez poser sur votre table de coupe un tissu bien raide (une simple toile de coton ou un drap peu souple) auquel vous pouvez ajouter un rabat élastiqué pour le maintenir sur la table. Sinon, vous pouvez utiliser, comme moi, un tapis de découpe auto-cicatrisant. C’est l’idéal ! Vous pourrez alors planter les épingles dans le tapis, à travers le patron et le tissu. Vous pouvez aussi utiliser des poids que vous poserez à intervalle régulier ou bien deux feuilles de papier soie dans lesquelles vous intercalerez le tissu. Cette technique me laisse perplexe. En effet, vous devrez alors couper toutes les épaisseurs avec vos ciseaux de couture or j’avais appris qu’il ne fallait surtout pas couper de papier avec des ciseaux de couture au risque d’avoir ensuite à les aiguiser.

Une fois votre plan de travail préparé, posez votre patron. Vous aurez alors à vérifier, tous les 10 cm, la distance entre la lisière et le droit-fil du patron afin d’éviter les glissements latéraux. Pour les pièces de patron au pli (comme le devant ou le dos), maintenez le pli du tissu avec des épingles assez proches les unes des autres. Poser le patron papier et lissez depuis le centre dans toute les directions. Épinglez le patron et le tissu dans les marges de couture, parallèlement au bord, si vos épingles laissent un trou dans le tissu. Sinon, vous pouvez épingler le patron et le tissu.

Cutter et tapis auto-cicatrisant

Les outils de coupe

Pour couper votre tissu, vous aurez besoin d’un outil bien affûté comme un cutter rotatif (avec une nouvelle lame), des ciseaux de coupe à manche recourbé ou des ciseaux à dentelle, comme j’ai pu le lire dans certaines de mes sources. Pour ma part, étant donné que j’ai posé mon tissu sur un tapis de découpe, j’ai utilisé mon cutter rotatif.

Il est préférable de ne pas couper plusieurs épaisseurs de tissu en même temps, sinon le carnage est assuré. Quant à moi, j’ai coupé le dos au pli et les deux devants ensemble sans aucun problème. Là encore, faites un essai !

Les outils de traçage

Pour marquer le tissu, laissez tomber la craie. Elle est totalement inutile car elle ne laissera pas de trace sur le tissu. Vous pouvez utiliser des feutres effaçables. Là encore, il mieux faire un essai sur un échantillon. Il faut également éviter le papier carbone et la roulette de traçage à bords dentelés. En fonction de la soie, une roulette de traçage à bords lisses, utilisée seule sans papier carbone, peut faire l’affaire. L’idéal reste tout de même le fil de bâti.

Coudre de la soie

Vous avez préparé et coupé votre tissu, les choses sérieuses commencent avec l’étape de la couture. Pour cela, vous aurez besoin de certains outils bien spécifiques et de patience !

Les aiguilles

Pour coudre à la machine, vous devrez investir dans des aiguilles là encore extra-fines, au diamètre de 55/7. La marque Bohin, dont les aiguilles sont compatibles avec de nombreuses machines familiales, en fabriquent. J’ai lu également que vous pouviez utilisez des aiguilles Microtex qui sont des aiguilles spéciales au bout fin et pointu. Ces aiguilles sont utilisées pour les tissus fins comme la dentelle, la mousseline et aussi pour la microfibre. Évidemment, il faudra utiliser une aiguille neuve pour débuter votre projet et changer l’aiguille régulièrement. Pour coudre à la main, il est recommandé d’utiliser des aiguilles fines numérotées entre 8 et 12.

Le fil

Contrairement à ce que l’on peut penser, il n’est pas nécessaire d’utiliser un fil de soie. L’élément essentiel concernant le fil est le poids. Le poids du fil doit être adapté à la taille du chas de l’aiguille. Un fil qui se brise dans de petites aiguilles peut indiquer que le fil n’est pas assez fin. Vous pouvez employer évidemment un fil de soie mais aussi un fil de polyester fin. Pour ma part, j’ai choisi d’utiliser un fil de soie.

Fil de soie et aiguilles spéciales soie de la marque Bohin

La longueur du point

Plus un tissu est léger, plus les points doivent être courts. Il faudra donc faire des petits points, entre 12 à 16 points pour 2,5 cm (soit 1 po). Le réglage du point sera donc de 2,5 à 2. Le mieux, là encore est de faire quelques essais. D’une manière générale, lorsque l’on commence un nouveau projet, il faut toujours prendre le temps pour régler votre machine.

Les conseils pour piquer à la machine

N’hésitez pas à utiliser du papier de soie qui vous permettra de stabiliser votre tissu et donc de le coudre plus facilement. Pour l’enlever, il vous suffira de le déchirer. Vous pouvez l’utiliser soit pour coudre les premiers points de votre couture, soit la couture tout entière. Il vaut mieux coudre les premiers points, au ralenti, en tournant le volant. Il faut toujours coudre à vitesse modérée les tissus soyeux et vérifier vos points régulièrement. Avec un tissu comme la soie, il est préférable de bâtir plutôt que de les épingler. Vous aurez ainsi un meilleur résultat.

Au moment de coudre à la machine, vous pouvez utiliser un outil pour avoir une meilleure prise et faire avancer le tissu : poinçon, paire de ciseaux, grosse aiguille (de type aiguille de tapissier) ou cure-dent ; piquez l’extrémité dans les épaisseurs de tissu devant le pied presseur dans la marge de couture.

Les problèmes que vous pourriez rencontrer sont les suivants : si vous remarquez des plis sur la gauche du tissu pendant la couture, cela peut indiquer que l’aiguille est trop grosse ou trop émoussée. Il en va de même si le tissu est tiré ou poussé dans la plaque à aiguille, cela signifie que l’aiguille «pousse» le tissu plutôt que de le percer.

Vous pouvez réaliser toute sorte de coutures (anglaise, surjetée, double) ou d’ourlets spéciaux (surjeté, roulotté à la surjeteuse ou à la main, avec biais diaphane fini filiforme étroit et surpiqué). Les meilleures finitions restent tout de même les petits ourlets, les coutures roulottées ou le point de bourdon. Pour réaliser les ourlets, un pied ourleur peut être d’une grande aide.

Entretenir un vêtement en soie

Pour entretenir votre vêtement en soie, il vous faudra suivre les même précautions de lavage que lors du premier lavage du tissu, avant de coudre le vêtement. Il est recommandé d’utiliser une lessive douce avec un rinçage à froid avec un minimum d’agitation. Un soupçon de vinaigre dans l’eau de rinçage ravive les couleurs. Le repassage se fait à 120-150 °C, sans vapeur d’eau qui peut tacher le tissu. Mieux vaut éviter de presser les coutures. Le nettoyage à sec est recommandé pour les articles teints et délicats. Une brosse à défroisser à vapeur peut être bien utile pour repasser les vêtements finis.

En résumé

J’ai choisi de réaliser la doublure d’un vêtement en soie qui d’ordinaire se fait en polyester. J’avoue ne pas du tout aimé cette matière, d’une part parce que je la trouve rêche, d’autre part parce qu’elle est d’origine chimique. J’abonne de plus en plus ce type de tissus dans ma pratique de la couture. De plus, comme je réalisais un teddy en wax Vlisco, un wax donc de qualité, j’ai préféré un tissu de doublure de qualité, comme le satin de soie que j’ai choisi. Coudre de la soie est une tâche complexe et demande un peu d’expérience dans le domaine de la couture. Je ne le recommande pas aux débutant.e.s. Cela m’a permis, en tout cas, d’apprendre et d’améliorer mon niveau de couture. Je pense que dorénavant je réaliserai les doublures de mes vêtements dans ce type de tissu, qui de plus, est particulièrement agréable à porter.

Bibliographie et webographie

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