[Tricot] D’où vient la laine et comment bien la choisir ?

Quand j’ai commencé le tricot, j’ai acheté énormément de pelotes de laine car j’avais plein de projets en tête. Mais, je n’avais pas forcément le temps de les réaliser. Restaient alors de nombreuses pelotes entassées dans mon  placard, esseulées. J’ai fini par écouler mon stock et au fur et à mesure des années, avec l’accroissement de mes connaissances et de mes compétences, j’ai fini par avoir une gestion de mon stock plus responsable. J’ai, en fait, toujours de la laine d’avance mais pour un ou deux projets en plus que celui de mon projet en cours, ce qui me permet de ne pas trop stocker. J’essaie maintenant de choisir des laines de qualité.

Il faut dire que c’est difficile de résister quand on est dans un magasin comme ça !

Pour choisir votre laine, je vous conseille, comme je l’ai déjà fait dans mon billet où je donne des conseils pour commencer le tricot, d’acheter la laine recommandée dans le patron. Si vous ne trouvez pas la laine de la même marque, choisissez,  à défaut, une laine qui a le même métrage et pour laquelle vous utiliserez le numéro d’aiguilles. Quand vous serez une peu plus aguerri(e), vous pourrez choisir une laine différente de celle recommandée. Vous aurez, par contre, à adapter votre patron à votre laine. Il faudrait alors recalculer les instructions. J’ai d’ailleurs créé un tableur pour adapter son modèle à sa laine ou à son point.

La laine, une différence de tailles !

Avant de parler de la qualité et de la composition, ce qui différencie les laines, c’est d’abord la taille du fil.

Les anglo-saxons donnent d’ailleurs un nom à la laine selon sa taille. Voici un petit récapitulatif puisque même dans les patrons en français, vous êtes susceptible de rencontrer ces termes.

  • Lace : fils extra fin destiné à réaliser des dentelles. Il se tricote avec des aiguilles entre 3 et 5 mm selon l’effet désiré. Plus les aiguilles sont grosses, plus le motif sera aéré.
  • Fingering : fil très fin destiné aux dentelles ou aux chaussettes. Il se tricote avec des aiguilles de 2 à 3,5 mm.
  • Sport : fil fin souvent destiné à la layette, aux chaussettes ou aux pulls très fins. Il se tricote avec du 3 ou du 3,75.
  • DK (Double Knitting) : fil moyen qui est le plus communément utilisé. Il se tricote avec des aiguilles de 3,5 à 4,5 mm.
  • Worsted : Fil moyen, parfait pour les vêtements et les accessoires. Il se tricote avec des aiguilles de 4 à 5,5 mm.
  • Bulky : Fil épais et lourd, pour les ouvrages qui se tricotent vite avec des aiguilles de 5,5 à 7 mm.
  • Super bulky : Fil très épais, qui donnera un ouvrage très lourd. Il convient mieux aux accessoires. Il se tricote avec des aiguilles de 7 à 15 mm.

Je précise que les tailles de nos aiguilles ne sont pas les mêmes que celles des Anglais ou des  Américains. C’est logique puisque nous n’utilisons pas le même système de mesures : métrique pour nous et système d’unités impériales pour les anglo-saxons. Voici un tableau d’équivalence du site Tricotin qui vous aidera à y voir plus clair.

 

La laine, ça gratte !

Évidemment, nous avons tous eu dans notre enfance un pull-qui-pique ! Les souvenirs sont tenaces, comme les préjugés et la mauvaise foi…

La laine peut, en effet, gratter selon la sensibilité de notre épiderme, notre âge (les jeunes sont plus sensibles), la chaleur peut aussi provoquer des démangeaisons, tout comme les traitements chimiques auxquels certaines laines sont soumises. Cela dépend aussi de sa composition et c’est souvent ce que vous allez faire et votre budget qui va déterminer la laine que vous allez choisir.

Les différentes sortes de laine

Ce que nous appelons « laine » provient en fait de la tonte du mouton. Mais nous utilisons ce terme de manière générique pour désigner toute sorte de poils puisque les moutons, même si leur tonte permet de produire la majorité des pelotes du marché, ne sont pas les seuls animaux que l’on tond : lapins, chèvre et camélidés permettent en fait de produire des laines d’exception.

D’une manière générale, la laine possède les propriétés suivantes :

  • elle est thermorégulatrice : la laine est composée d’alvéoles qui emprisonnent l’air pour créer une couche isolante ; elle permet d’avoir chaud en hiver et frais en été
  • elle ne garde pas les odeurs
  • elle évacue la transpiration
  • elle est hypoallergénique

 

Le mouton

La laine de mouton, c’est la laine utilisée par nos grands-mères pour nous faire des pulls, vous savez, le fameux pull-qui-pique. 😉

Sa qualité n’a plus rien à prouver.

Les + : résistance à l’humidité, solidité
Les – : lourde et rêche ; peaux sensibles s’abstenir

Pour quel vêtement ?
Pièce imposante comme les manteaux ou vestes

Budget : €

 

Le Shetland

Le Shetland est un mouton élevé sur les îles Shetland, au nord de l’Écosse. Ces îles, battues par les vents maritimes donnent de la robustesse aux poils de ce mouton. On trouve aussi des élevages de moutons Shetland en France. Les laines sont cardées, ont des fibres courtes et sont teintes. Elles sont duveteuses et faciles à tricoter.

A moorit-colored Shetland sheep, Jean, Source : Wikimedia Commons

Les + : résistance à l’humidité ; solidité  ; fine et douce ; élastique et souple
Les – : ?

Pour quel vêtement ?
Pulls

Budget : €€

 

Le mérinos

C’est le caviar de la laine provenant du mouton. Son nom vient de l’espagnol car ces moutons ont d’abord été élevés en Espagne. Puis, ils ont été importés en Australie à la fin du XVIIIe siècle. Ils sont aussi présents maintenant en Nouvelle-Zélande où leur élevage est très sélectif pour produire une fibre plus fine. Il est tondu une fois par an et produit de 5 kg de laine. C’est, dans le palmarès des laines d’exception, la moins chère et la plus connue. Elle est fine mais ne pique pas. Légèrement élastique, elle a tendance à glisser donc débutants en tricot s’abstenir !

Les + : thermorégulatrice (elle permet de se sentir bien quand il fait très froid ou que l’on court après le bus) ; antibactérienne (elle retarde les mauvaises odeurs) ; douceur (elle peut se porter à même la peau) ; pas de bouloche
Les – : elle peut se détendre

Pour quel vêtement ?
Allié des sportifs, elle sert pour les vêtements pour enfants ou les vêtements portés comme une seconde peau comme les robes ou un twin-set.

Budget : €€€

 

L’agneau

Il existe deux qualités pour la laine d’agneau :

  • la lambswool : l’agneau est tondu à 8 mois. Ses poils courts donnent une laine plus douce, moins épaisse mais moins résistante
  • laine vierge d’agneau : son toucher est moelleux et elle est particulièrement résistante aux températures basses

Les + : hydrofuge ; moelleuse et très chaude
Les – : aucun

Pour quel vêtement ?
Pulls à col roulé (aucun risque de pull-qui-pique)

Budget : €€

Le mohair et le kid mohair

Le mohair est un faux-ami à distinguer de l’angora (venant du lapin angora, entre autres). Il est produit, en effet, à partir des poils mohair des chèvres de race angora. Leur poil est très fin et très doux, chaud et léger. Facile à teindre, on peut obtenir de jolies couleurs en le teignant. Il a une bonne tenue même lorsqu’on choisit de le tricoter de manière aérée. La tonte se fait 2 fois par an et elle permet de produire de 3 kg de laine par an. Le kid mohair est le plus doux.

Les + : gonflant et moelleux, ne feutre pas
Les – : manque d’élasticité et risque de gratter

Pour quel vêtement ?
Les pulls over-size ; écharpe en le ménageant avec d’autres fils pour donner un côté plus moelleux

Budget : €€-€€€

Écharpe réalisé en kid mohair
L’angora

Son poil est classé dans la catégorie des laines alors qu’il ne produit pas de lanoline (la graisse présente dans le poil, appelée aussi « graisse de laine »). Les poils de l’angora sont longs et fins et provient non seulement du lapin angora mais aussi du yack ou du mouton angora. Il donne une laine noble à la chaleur incontestable mais qui aura tendance à perdre ses poils.

Un lapin angora produit de 200 à 300 g de poils tous les 100 jours. Il est récolté par tonte ou épilation au peigne comme vous le verrez dans cette vidéo :

Certaines marques ne produisent plus de vêtements avec de l’angora car les méthodes de récolte utilisées, notamment en Chine, ont été pointées du doigt et ont été jugées cruelles envers les animaux.

Les + : douceur et chaleur
Les – : attention à la provenance

Pour quel vêtement ?
comme le mohair : pulls moelleux mais plus près du corps

Budget : €€€€

 

L’alpaga

L’alpaga est un lama de race angora, mammifère de la famille des camélidés. Il vit dans la cordillère des Andes. Sa toison est donc capable de résister à des températures très basses. Elle existe en de nombreux coloris naturels : blancs, noirs et marrons ; la teinte n’est donc pas nécessaire. Il est tondu une fois par an et produit entre 1,5 à 3 kg de fibre par an. La fibre obtenue est précieuse, très fine, douce mais résistante et plus légère que celle du mouton.

Les + : douceur
Les – : sa rareté donc son prix

Pour quel vêtement ?
Utilisé dans la confection des vêtements masculins : tailleurs et vestes
Écharpes

Budget : €€€€

Le cachemire

Le cachemire provient des poils de la chèvre cachemire. Son nom est lié à son origine. La première utilisation connue date du XVe siècle dans la région du Cachemire (Kashmir), une région du sous-continent indien entre l’Inde, le Népal et le Pakistan.

Australian Cashmere Goat, Paul Esson, source : Wikimedia Commons

Aujourd’hui, 80% de la production viennent de chèvres élevées sur les hauts-plateaux de Mongolie et de la province chinoise du Xianjing. Leur duvet est recueilli avec un peigne, une fois par an, et une chèvre donne 200 g de fibre. Son fil est très fin et il est donc nécessaire de tordre les fils par deux pour plus de solidité. L’épaisseur de la fibre dépend du nombre de fils pouvant aller jusqu’à 24. Un pull tricoté avec deux fils pourra se porter toute l’année mais un pull tricoté avec quatre fils sera pour les grands froids. C’est l’une des laines la plus chère du marché.

Les + : chaleur, douceur, légèreté
Les – : tendance à boulocher

Pour quel vêtement ?
Tout type de vêtements

Budget : €€€€

 

La vigogne

La vigogne est un mammifère de la même famille que l’alpaga, considéré par les Incas comme un animal sacré, véritablement cadeau des dieux. Sa production était donc uniquement destinée à l’empereur.

Vigogne lama paarhufer, Logga Wiggler, Source : Pixabay

Cet animal de la cordillère des Andes n’est d’ailleurs pas domestiqué. La fibre qu’il donne est donc encore plus rare que le cachemire. La production de laine de vigogne s’est arrêtée dans les années 1970 car l’espèce était menacé d’extinction. Elle a repris en 2002 mais son commerce est très encadré et très réglementé. L’animal ne peut être tondu que tous les 3 ans et donne 150 g de fibre par tonte. Récupérer les fibres est donc long et coûteux.

Les + : raffinement et fonctionnalité ; qualités thermiques exceptionnelles
Les – : son extrême rareté qui se ressent sur le prix d’achat

Pour quel vêtement ?
Utilisée par l’industrie du luxe et les maisons de haute couture pour faire des manteaux.

Budget : €€€€€

 

Ce panorama vous montre la diversité de la production de laines mais ce n’est pas forcément ces laines-là que vous utiliserez en premier lorsque vous commencerez à tricoter et même ensuite car la laine coûte cher. Oui, la laine a un certain coût. Tricoter soi-même son pull peut revenir assez cher et plus cher que si vous l’achetiez. Cela est dû évidemment à son traitement coûteux et à sa rareté. Tout dépend évidemment de la laine que vous choisissez. Mais vous pouvez choisir d’autres fibres que ces laines d’exception.

Les autres matières

La plupart des pelotes vendues dans le commerce ne sont, en effet, pas seulement composées de fibres naturelles. D’autres sont même purement chimiques. Du coton au fil technique en passant par les laines mélangées, de quoi exercer votre créativité !

Les laines mélangées

Une partie importante de la production de fil sont, en fait, des laines mélangées. Il s’agit  de fil composé à la fois de laine et de fil d’origine chimique comme le polyester, la viscose, le polyamide, l’acrylique ou la rayonne.

Si vous êtes débutant en tricot, je vous conseille d’utiliser ce genre de fils dans un premier temps. Vous pourrez alors vous tromper sans vous en vouloir.

Par ailleurs, ces fils sont idéals pour les chaussettes. Il ne faut pas utiliser de la pure laine pour ce genre d’accessoires au risque de glisser sur votre carrelage car la laine a tendance à devenir duveteuse. De plus, je conseille ce genre de fils pour les vêtements pour bébé, avec évidemment une grande majorité de laine. Comme je l’ai écrit précédemment, les plus jeunes ont la peau sensible et la laine peut les gratter. Il vaut mieux donc utiliser une laine mélangée.

Un exemple de vêtement pour un petit garçon que j’ai fait !

 

Le coton

Il est idéal pour réaliser des vêtements pour le printemps ou l’été. Il est doux et confortable. Hypoallergénique, il laisse la transpiration s’évacuer. Il est même utilisé pour les maillots de bain faits au crochet.

Pull réalisé en coton

Les fils techniques

Certains fils, comme le lurex, sont uniquement d’origine chimique. Vous pouvez les utiliser ponctuellement et avec parcimonie. J’ai, par exemple, utilisé du lurex en le mêlant avec un autre fil pour réaliser un bonnet-turban pour la boutique. Cela donne à cet accessoire un côté brillant et attire l’œil.

Cliquez ici pour avoir le récapitulatif de ce panorama sous forme de tableur.

 

Vers une démarche écoresponsable

Sachez qu’il existe des labels qui garantissent la composition de votre fil. Par exemple, le label woolmark est apposé sur des laines de qualité issues d’animaux sains et vivants. L’appellation « laine vierge » signale que l’ajout de fibres d’origine chimique est au maximum de 7 %. Pour l’appellation « pure laine vierge », il est de 0,3 %. L’appellation « 100 % laine » ou « pure laine » désigne une laine de moindre qualité ou une laine recyclée.

La production de laine a sa face cachée. La laine est devenue un business juteux et ce sont évidemment les animaux qui en pâtissent car le mot d’ordre est de produire à moindre coût au mépris du bien-être animal.

Plusieurs marques ce sont engagées pour travailler avec des fournisseurs de confiance.

Mais il reste nécessaire de tondre les moutons sous peine de mort ! En témoigne ce mouton qui avait quitté son troupeau et qui a été retrouvé 6 ans plus tard. Sa toison était tellement épaisse que cela devenait dangereux pour lui. Il ne pouvait presque plus marcher ! On a dû donc procéder à une tonte d’urgence.

 

Webographie

 

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