[Couture] Épisode 5 de La Saga du Wax : À vos marques, prêts, cousez !

Comme nous l’avons vu, le wax est un produit qui s’est transformé pour s’adapter, tant dans la technique de fabrication, que dans ses motifs et ses dimensions. Mais son apparition a également changé les mœurs des populations africaines. Le wax produit en Europe et en Afrique doit aujourd’hui faire face à une concurrence chinoise très féroce. C’est pour cela que les clients doivent savoir lire les lisières, qui leur indiquent la provenance géographique du tissu. Au cours du XXe siècle, le wax est devenu un tissu à la mode d’abord sur le continent qui l’a fait sien et maintenant en Europe où de nombreuses boutiques proposent ce tissu aux couleurs chatoyantes.

 

Comment reconnaître le wax ?

 

Comme nous l’avons vu précédemment, il existe plusieurs sortes de wax :

  • Le print, wax qui a subi une seule teinture
  • Le block, wax qui a reçu une couleur supplémentaire au tampon
  • Le superwax, inventé par ABC et Vlisco, qui a trois couleurs ajoutées au block au lieu de deux

On reconnaît en tout cas le wax aux coulures qui sont un moyen de s’assurer qu’il s’agit bien d’un morceau de wax et non d’une copie. Cet effet veiné est forcément différent d’un tissu à l’autre, même s’ils sont du même motif. Vous trouverez aussi dans le commerce des copies (notamment chinoises), appelées fancy, qui imitent cet effet veiné. La marque Vlisco propose aussi une collection Java qui sont en fait des tissus imprimés inspirés des motifs javanais.

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Étiquettes et lisières

Mais c’est surtout grâce aux étiquettes et aux lisières que vous pourrez connaître la provenance du tissu que vous avez face à vous. La diversité des étiquettes est une preuve du foisonnement des marques. Contrairement à que l’on pourrait penser, le nombre des étoiles est inversement proportionnel à la qualité des produits. Ce qui importe le plus est le nom de la marque figurant sur la lisière. Il indique la provenance géographique. En Angleterre, les premiers wax n’avaient aucune mention. Puis, le nom des premiers marchands comme « Elsson & Neil » ou « Grafton-ABC » sont apparus sur les lisières suivis ensuite des mentions « Guaranteed English Wax » ou  « Guaranteed Wax ABC Made in England » afin de justifier de la qualité du wax car le wax anglais était soupçonné d’être fabriqué au Nigeria voisin. Certaines mentions sont trompeuses, comme celles des marchands John Jagger et Albert Hill, société enregistrée à Manchester. On lit sur les lisières de leurs wax « Jaggerhill Textiles Manchester England » mais les dessins sont en l’occurrence transformés en Chine.

Voilà un wax de la marque Hitarget où la provenance est clairement indiquée : « China »

 

La marque ABC marquait son étiquette et ses lisières des mentions « VIP » et de deux poissons pour laisser croire que son wax venait d’Hollande, alors qu’ABC est une marque anglaise. Pour Vlisco, vous reconnaîtrez ses wax car l’étiquette a un soleil avec le monogramme VVH et la lisière a les deux mentions suivantes : « Guaranteed Dutch Wax Vlisco » et « Véritable wax hollandais Vlisco ». Voici d’ailleurs une vidéo tournée par la marque elle-même :

La marque Jansen Holland est établie à Helmond, comme l’entreprise Vlisco et on la retrouve en Chine sous le nom Julius Holland. Les lisières ont pour mention « Guaranteed Wax Julius Holland ». La provenance chinoise n’est donc pas toujours revendiquée. On trouve sur les lisières les mentions « Holland » ou « Hollander », ce qui prouve que ce sont bien des copies de Vlisco. Par contre, les wax fabriqués en Inde sont clairement identifiés comme tels.

Lutte contre la contrefaçon

La marque Vlisco mène d’ailleurs une guerre contre les contrefaçons qui dévalorisent le wax. Il existe tout de même un fond de dessins pour lesquels les reproductions sont légales. Depuis les origines du wax et jusqu’à maintenant, les fabricants anglais et hollandais exploitent une dizaine de dessins dits « classiques » ou « contentieux ». On doit ce fonds commun au britannique Ebenezer Brown Fleming qui a déposé des dessins en Hollande et en Angleterre. Par conséquent, Vlisco et ABC ainsi que leurs filières africaines peuvent s’en servir.

L’ancienneté du wax et son ancrage pourraient faire penser que les dessins sont des motifs ancestraux qui peuvent être copiés, comme dans l’artisanat mais cela n’est pas le cas. Dès que de nouveaux motifs Vlisco sortent et connaissent un certain succès, ils sont copiés. Entre les années 1960 et 2000, la plupart des copies ou réinterprétations sont imprimées en Afrique de l’Ouest. Ce sont donc des fancy et non des wax : les craquelures sont reproduites uniformément par impression. Mais, à partir de 2000, les copies viennent de Chine et il est difficile pour les fabricants anciens de wax et leurs filières de résister.

Mais le dessinateur de fancy apporte tout de même sa patte. La concurrence est admise et le tissu est jusqu’à dix fois moins cher que celui de Vlisco. Il rend la mode plus accessible. La distribution se fait de la même façon que celle du wax. Ils suivent la même règle d’exclusivité nationale que le wax. Il arrive parfois qu’une revendeuse dépositaire d’un dessin de Vlisco en propose le fancy pour ne pas tuer le motif et réguler la diffusion du motif. Malheureusement, l’équilibre qu’il existait jusqu’à présent entre les wax européens et les fancy africains est maintenant terminé avec l’arrivée massive des étoffes asiatiques. La Chine est le producteur d’une véritable contrefaçon avec une fausse étiquette et des réinterprétations plus libres du dessin sous ses propres marques. On trouve parmi les produits chinois des gammes de qualité très différentes mais le rapport qualité-prix est toujours cohérent. Ils sont vendus par les mêmes grossistes revendeuses de wax, les Nana Benz, qui ont dû faire face à une conjecture morose en diversifiant leur offre avec des produits chinois.

Face à cette concurrence, Vlisco contre-attaque ! Même si cette étoffe reste inimitable, elle est largement copiée et il est nécessaire pour Vlisco de se réinventer pour assurer sa réussite économique et défier la concurrence féroce venue d’Asie. La marque compte bien garder en tout cas son rang incontestable de l’excellence. Ses dessinateurs sont des innovators et même les dessinateurs d’ABC se voient comme des followers. Depuis 2006, on estime que Vlisco a perdu 70% de son marché. Cela a entraîné des licenciements et un changement de stratégie commerciale. Par exemple, au Togo, ils ont suspendu temporairement les exclusivités pour inciter les Nana Benz à réduire les transactions avec la Chine car elles vendent souvent le wax de Vlisco et le fancy chinois qui le copie. Ils incitent la clientèle à rechercher un dessin et la qualité de Vlisco. Ils emploient des ambassadrices pour présenter leurs wax et pour montrer comment distinguer l’original (un vrai Vlisco) d’une contrefaçon, comme nous l’avons vu dans la vidéo ci-dessus. De plus, la marque a commencé à déposer des plaintes devant les tribunaux et les services douaniers saisissent systématiquement les copies. Vlisco a également développé un réseau de boutiques dignes d’un réseau de luxe et s’est ouvert au marché international avec la possibilité de commander via son site en ligne : modernité, historicité, transmission sont au rendez-vous à travers des témoignages récoltés sur les grands classiques. Ils proposent même des coupons de 2 à 4 yards. La filière ivoirienne de Vlisco, Uniwax propose chaque trimestre, en exclusivité, des collections originales et limitées. Cette cadence rend obsolètes les dessins asiatiques lorsqu’ils arrivent sur le marché. Quant à Vlisco, la firme reproduit des dessins classiques dans des coloris inédits.

 

Du tissu au vêtement

Le wax est un tissu d’habillement. Le vêtement a deux rôles, souvent complémentaires mais parfois antagonistes. C’est un produit de première nécessité ou un élément complètement superficiel. Le wax a même une troisième fonction : il constitue un investissement. Ces tissus sont parfois conservés dans des cantines avec de la naphtaline. C’est une meilleure garantie que de mettre son argent à la banque ou que d’acheter des bijoux car il sera toujours possible de réaliser un bénéfice en le revendant puisque Vlisco augmente chaque année ces prix selon un taux fixe.

Ce tissu peut être porté en pagne, un « simple » pan de tissu. C’est l’habit par excellence des populations subsahariennes. Pour les hommes, il peut être drapé comme une jupe. Pour les femmes, on en fait des jupes.  Ce sont l’islamisation et la christianisation qui ont apporté là leurs propres règles de pudeur et notamment pour les femmes. Il s’agissait de masquer les seins dénudés. La nudité n’était plus acceptable. En effet, l’expansion de l’islam va de pair avec celle du « boubou », un dérivé de la longue tunique arabo-berbère. En revanche, l’expansion du christianisme apporte la machine à coudre et les cotonnades industrielles donc les vêtements taillés. Pour rappel, l’Œuvre de la Mission de Bâle s’était donné comme mission non seulement d’évangéliser les populations mais aussi de fournir aux autochtones leur indépendance économique par l’artisanat. Ils vont ainsi former les jeunes filles à l’utilisation de la machine à coudre et introduire les tissus européens, moins épais que les tissus locaux. Les pagnes traditionnels ont des dimensions conventionnelles : l’ampleur et la longueur du vêtement dépendent du statut social. La coupe de l’étoffe crée donc une rupture et elle modifie le rapport au corps. Pour rappel, la longueur du pagne dépend de l’âge. La femme mariée le portera long jusqu’aux chevilles et les pagnes plus courts sont réservés aux jeunes filles. Le chef porte le boubou le plus large, quelle que soit sa corpulence. Or le vêtement sur mesure crée une mode de différenciation.

 

Entre tradition et modernité

L’usage du wax est par conséquent révélateur des évolutions des sociétés africaines opérées au cours du XXe siècle. Les étoffes sont produites pour être coupées et donc peuvent avoir plusieurs usages.

Dans les années 1960, le wax est un signe ostentatoire de richesse et de modernité, pour les « modeuses » (femmes vêtues à l’occidentale) comme pour les « pagneuses » (vêtues à l’africaine). Ces années sont celles des indépendances et paradoxalement le wax, importé par les colons, gagne en valeur identitaire. À travers le wax, l’Afrique est perçue comme unitaire culturellement alors qu’elle est composée de milliers de populations dont la langue et la culture sont différentes. Les producteurs ont réussi à imposer par le biais du wax le cliché d’une homogénéité. La population a souscrit finalement à cette idée en adoptant ce tissu qui, pour eux, convient au drapé ancestral, simplement accompagné d’une pièce cousue et cela devient une règle de bienséance à la fois endogène et allogène.

La clé de ce succès est la vente de coupon de 6 yards. Dans les régions christianisées, on réalise avec 6 yards, une pièce cousue et deux pagnes. Un morceau de 2 yards suffit pour faire un pagne. L’un couvre les jambes et l’autre enveloppe les hanches ou est rabattu sur l’épaule ou encore noué en porte-bébé. Dans le Sahel islamisé, avec le coupon de 6 yards, on réalise un boubou avec 3 yards, un pagne avec 2 yards et un foulard avec 1 yard. Les hommes du Golfe de Guinée ont transposé le port du wax au drapé traditionnel. Avec 3 yards, on fait une longue tunique et les 3 autres yards servent à faire un pantalon froncé à la taille.

Mais ne vous y trompez pas ! Le pagne peut se transformer en accessoire par le soin qu’on accorde à le nouer. Il faut faire attention à équilibrer le pan de derrière et de devant. On doit faire preuve d’adresse pour pouvoir le détacher, le rajuster, le repositionner. La latitude donnée doit permettre des mouvements amples. Le style est également essentiel. On peut l’accorder avec un foulard, une blouse, ou le pagne qui sert à porter un enfant. Enfin, on peut former avec un des coins une bourse pour y mettre ses deniers.

Voici une vidéo vous montrant que le nouage du pagne est tout un art :

L’acteur essentiel du wax est évidemment le tailleur. En Afrique, faire ses vêtements sur mesure est une pratique courante. Chacun connaît le tailleur ou la couturière à solliciter selon le type de vêtement désiré. On définit avec le tailleur les lignes du futur vêtement à partir d’une image découpée dans un magazine ou des catalogues d’ateliers. On obtient alors un habit unique : l’encolure est un emprunté à tel modèle, le dos à tel autre. Le tailleur prend alors les mensurations et le vêtement sera prêt en moins d’une semaine. Cet artisan a un sacré talent car la coupe est réalisée à main levée sans patron. Son talent réside dans le fait de mettre en valeur les motifs et les finitions. Ils reproduisent souvent les tendances des créateurs de mode, autre acteur essentiel dans le monde du wax.

 

Le rôle des créateurs africains

Depuis les années 1980, les créateurs africains revisitent les codes vestimentaires et la destination des tissus. Les classes aisées urbaines se sont alors réconciliées avec les étoffes traditionnelles et les créateurs sont devenus des partenaires idéaux pour les fabricants. En Europe, on ne le sait pas car le wax commence tout juste à conquérir nos cœurs mais ils ont donné un coup de jeune à une étoffe vieillissante qui était clairement pour les femmes mariées de plus de 40 ans.

Dans ces années-là, c’est un coupon de 6 yards du même tissu qui habille de la tête aux pieds la femme respectable. Les jeunes urbaines travaillant portent le costume à l’occidentale. Il y a donc une véritable fracture générationnelle. Les vendeurs de wax se trouvent alors frustrés et impuissants car le wax est un produit semi-fini. Ils se demandent comment changer les modes de consommation car ils n’interviennent pas sur sa transformation.

À ce moment-là, la capitale ivoirienne n’a d’yeux que pour Chris Seydou, un créateur malien qui a travaillé à Paris dans les plus grandes maisons de couture et qui magnifie le bogolan et les étoffes traditionnelles dans des vêtements occidentaux. Établi à Abidjan, il fait des émules. On ose enfin tailler dans des pagnes traditionnels ! En 1987, Patrick Liversain, directeur artistique d’Uniwax, lance un défi aux créateurs, le concours des Ciseaux d’or. Le but est de réaliser une tenue en wax promouvant élégance, harmonie et créativité. La première édition récompense Pathé Ouédraogo qui connaîtra ensuite une carrière éblouissante avec sa marque Pathé’O. Quelques années plus tard, c’est son protégé, Gilles Touré, qui remporte le concours avec une approche très glamour du wax. La clientèle se presse alors chez les lauréats pour avoir les derniers modèles à la mode. Dans le domaine de la haute couture, ces créateurs sont des Points of Influence (POI), des nouveaux acteurs de la valorisation de ce tissu. Le wax fait rêver non par ses messages mais par l’éclat des mannequins, des podiums et la prestance des premières dames. Depuis cette époque, les nouvelles collections de Vlisco et Uniwax font l’objet de défilés.

Le wax s’offre une nouvelle jeunesse. Dans les années 1990, les clivages volent en éclat entre la bienséance traditionnelle attachée au port du wax et la modernité du prêt-à-porter occidental. S’habiller en wax, c’est avoir un style dynamique, urbain et être à la mode. Les fabricants réduisent les métrages. L’élégance ne se mesure plus à la quantité du tissu mais à l’élégance de la coupe, ajustée au corps. La jupe remplace le pagne. Les plus audacieuses portent des pantalons en wax. Cette mode est alors qualifiée par les termes « mélange » ou « métissage ». Justement, on fait se rencontrer l’Afrique et l’Occident dans les associations de tissus : le wax est associé au denim ou au lin. On mélange aussi plusieurs dessins dans un même vêtement ce qui va à l’encontre du port monolithique traditionnel, évoqué plus haut.

Les créateurs comme Gilles Touré privilégient le wax produit par Uniwax. Le Made in Africa a une résonance particulière en 1994 avec la dévalorisation du franc CFA. Il a perdu, à ce moment-là, la moitié de sa valeur. Cela a entraîné l’augmentation des exportations de coton et le désintérêt progressif de la transformation locale de la fibre en étoffe. Les prix des biens importés ont alors doublé et notamment ceux des wax importés d’Europe. Consommer africain est donc une posture politique et un bon sens économique. La marque Pathé’O est un modèle de réussite. Elle est perçue comme une marque rendant les femmes élégantes mais aussi celle qui a réussi à convaincre les hommes à porter des chemises en wax. La chemise Pathé’O devient un must d’élégance après des années de règne du prêt-à-porter Pierre Cardin. Elle habillait Nelson Mandela et a une dizaine de boutiques. Tous les acteurs tirent profit de ce mouvement : les créateurs et les industriels mais aussi les artisans. Pour la marque Uniwax, les créateurs africains sont les meilleurs promoteurs de ses collections. Les créateurs favorisent les productions locales en leur passant commande. Ils sont régulièrement copiés et sont contents de servir de guides. Mais l’appropriation du wax par un « toubab » est mal vue. Le mot « toubab » est un mot pour désigner les Européens.

Si un Blanc travaille ces étoffes, il doit se justifier d’un lien personnel avec le continent comme si on ne pouvait pas juste aimer le wax pour ses motifs et ses associations de couleurs. En 2012, Agnès b. présente sa collection « Vive l’Afrique ! » en wax Vlisco dans sa boutique parisienne, avec une exposition des photographies de Malick Sidibé, Seydou Keïta et J.D. ‘Okhai Ojaikere. Ces photographies sont accrochées derrière des wax chinois. Cet assemblage dévalorise le wax Vlisco car cela signifie qu’il est considéré comme interchangeable avec ses copies chinoises. La confusion règne dans un monde où la plupart des vêtements sont fabriquées en Chine. C’est un point de rupture avec les créateurs d’Abidjan qui cherchent à démontrer en utilisant du wax fabriqué en Côte d’Ivoire que la couture peut contribuer au développement d’un pays. Ils regardent d’un air amusé le wax devenir une mode en occident. Récemment, la collection printemps/été 2018 de Stella McCartney a fait grand bruit et a été taxée d’« appropriation culturelle ». Ce qui a choqué n’est pas tant l’utilisation du wax mais que les robes reprennent la forme du kaba camerounais, porté par les femmes, sans que cela ne soit mentionné et que la collection soit appelée « British ».

 

Les codes de la déco

Le wax se diffuse par la mode mais aussi par la déco, tout comme les autres tissus traditionnels (bogolan, kente), ont été transformés dix ans plus tôt en coussins ou en plaids. Les occidentaux ont donc un rapport ambivalent au wax, entre goût pour l’exotisme et a priori sur ce qui ne va pas au teint clair puisqu’ils détournent des étoffes faites pour le vêtement pour apporter une touche singulière à leur intérieur. Il est plus commode pour un Anglais ou un Français d’avoir un coussin en tissu africain que d’en porter en chemise quelques jours dans l’année

Or cela peut être un acte iconoclaste pour certaines cultures. Par exemple, on ne s’assoit pas sur un kente, on s’en drape ou on en couvre le corps d’un défunt. Sinon, cela est un mauvais présage. En Afrique, le wax n’a aucun caractère sacré mais il est porté dans certaines cérémonies rituelles où le costume à l’occidental est proscrit. Cela montre que le wax n’est pas totalement perçu comme un produit occidental. Il est destiné exclusivement à l’habillement et l’usage du wax en décoration est forcément limité. Le wax est délicat et ne supporte pas les 60 °C agressifs pour détacher une nappe ou un couvre-lit. Sa finesse interdit d’en tapisser les sièges. Il faut donc parfois transformer le wax, l’enduire ou l’imprimer sur du support épais si on veut l’utiliser en ameublement.

D’ailleurs de nombreux objets s’inspirant de motifs du wax pourraient conquérir ce marché. A force d’être visible, le wax est banalisé. L’ouverture du wax d’Europe à l’international est finalement gâchée par son omniprésence dénuée de tout intérêt pour la qualité et la provenance des étoffes. Les collections capsules de Vlisco et de Flying Duck (ligne de décoration créée par ABC) sont discréditées. La pérennité de cette étoffe ne dépendrait-elle pas de sa mise en valeur et non de son exposition ?

 

Où acheter du wax ?

De nos jours, le wax est accessible et se trouve dans de nombreuses boutiques et merceries. Tout dépend évidemment de ce que vous recherchez. Avant d’écrire cette série, j’avais déjà acheté du wax sans connaître les différentes sortes de wax ou les différentes marques. Mais après avoir écrit cette Saga, je ne peux que vous conseillez d’acheter du wax de la marque Vlisco ou de la marque Uniwax pour l’habillement et d’éviter ainsi les contrefaçons chinoises. Le consommateur oublie trop souvent qu’il est un acteur ! Acheter du wax Vlisco, sans acheter du superwax, c’est être sûr d’acheter un produit de qualité et acheter du wax Uniwax, c’est être sûr de soutenir économiquement le pays qui le fabrique, la Côte d’Ivoire. Évidemment, si vous souhaitez réaliser de la décoration d’intérieur, il ne vaut mieux pas investir dans un wax Vlisco. Par ces motifs et ces couleurs, le wax permet toutes sortes de fantaisies et d’audace ! Expérimentez et faites-vous plaisir ! Pour ma part, j’ai déjà réalisé une jupe droite, une robe trapèze et des espadrilles. Vous pourrez sans problème réutiliser les chutes pour faire plein de petits accessoires.

Voici mes créations en wax :

 

Boutiques

Pour terminer ce billet et cette Saga, voici quelques adresses où vous pourrez trouver du wax. Évidemment, cette liste n’est pas exhaustive et je vous invite à partager dans les commentaires vos bonnes adresses.

Pour ma part, le choix du wax et donc de l’endroit où vous irez l’acheter dépendra grandement de ce que vous voulez faire. Si vous souhaitez faire des objets de décoration, je vous déconseille d’acheter du wax Vlisco. Comme je l’ai dit plus haut, il n’est évidemment pas fait pour ça ! Vous pourrez vous contenter de fancy. Vous en trouverez d’ailleurs dans de nombreuses boutiques de tissus et merceries. Vous trouverez sans doute dans un des magasins de tissus de votre ville du wax. En voici quelques-uns où les commandes en ligne sont possibles (*) :

 

Si vous souhaitez acheter du wax Vlisco pour réaliser un vêtement de qualité, je vous conseille de venir à Paris où se trouvent des boutiques spécialisées en wax, contrairement aux adresses précédemment citées. Vous trouverez, en effet, de nombreuses boutiques de wax dans le quartier de La Goutte d’Or, aussi appelé « Little Africa » et notamment en vous promenant dans les rues Myrha, Doudeauville, la rue du Poulet, la rue des Poissonniers, la rue Ordener. Vous remarquerez aussi dans ces rues qu’il y a aussi de nombreux ateliers de tailleur. Parfois il y a même un tailleur dans le magasin, comme cela est le cas dans le magasin African Beauty au 68 rue de Doudeauville.

 

Voici notamment deux adresses où je me suis rendue et où j’ai été très bien reçue :

Holland textiles (68 rue de Doudeauville) commercialise aussi sa propre marque appelée « Suprême ». La première gamme de cette marque est en 50 % coton et 50 % polyester. Vous trouverez pour cette marque différents univers : des motifs à fleurs, du noir et blanc et de l’imprimé qui s’inspire du kente.

Ce magasin est un distributeur officiel de la marque Vlisco qui est un tissu 100% coton et donc plus souple. Ils sont également dans ce magasin du superwax, un tissu haut gamme dont la réserve est réalisée à la cire naturelle et non à la résine comme c’est maintenant le cas pour les print et les block de la marque Vlisco. Il propose enfin le Super superwax, différent du superwax par la qualité du coton qui se rapproche du coton égyptien.

Ce magasin propose des tissus de la collection Java (Vlisco) aux couleurs flashy et aux motifs géométriques. Enfin, ils vendent du bazin (tissu brillant teint artisanalement pour devenir damassé)  de la marque Getzner, une référence pour ce tissu à la qualité répudiée irréprochable.

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Diosa (89 rue Myrha) vend aux particuliers mais c’est avant tout un grossiste qui fournit les nombreux magasins du quartier. Là encore, il s’agit d’un distributeur officiel de la marque Vlisco. Vous trouverez dans la boutique le numéro d’un tailleur.

Le vendeur m’a en tout cas dit qu’il était inutile de laver au préalable le wax Vlisco avant de le couper, comme on le fait avec d’autres tissus. En effet, la résine ou la cire permettent de stabiliser le tissu qui n’aura aucune chance de rétrécir au lavage.

Cette boutique propose quatre sortes de produits :

  • Du Java (Vlisco) qui est en fait un simple tissu imprimé, d’où le prix plus modeste
  • Du wax (Vlisco)
  • Du superwax (Vlisco)
  • Du wax fabriqué en Chine pour satisfaire la clientèle étrangère, les touristes, qui passent dans le quartier (au pied de Montmartre) et qui veulent ramener un souvenir sans se ruiner.

Vous pourrez également commander en ligne sur les sites suivants (*), sans oublier les marques Uniwax et ABC !

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Objet de mode, objet de décoration, les fabricants et les créateurs ont su redonner au wax un second souffle au cours des dernières années du XXe siècle. En Afrique, le plus grand nombre ne le considère plus comme un produit européen. En Europe, au contraire, il est profondément africain. Et maintenant, il est même chinois ! Le wax, tissu intrinsèquement paradoxal, a changé à jamais le continent africain et a conquis tous les cœurs. Il reste, en tout cas, pour les produits de la marque Vlisco, un objet de luxe et d’excellence.

***

En conclusion de cette Saga, je voulais remercier la personne qui a relu tous mes billets avant publication. Ses remarques et ses corrections ont été d’une grande aide. Je vous remercie aussi, vous lecteurs, car certains m’ont envoyé des mots d’encouragement ou de félicitations. J’espère en tout cas que cette série vous aura plu et intéressé comme cela a été le cas pour moi. L’écrire a constitué un travail colossal mais j’ai appris beaucoup, sur le wax évidemment et les autres tissus africains, sur l’histoire des nations impliquées dans le développement du wax et sur les us et coutumes des peuples d’Afrique. Cette série de cinq billets ne constitue évidement qu’une introduction puisque j’ai dû résumer et simplifier les choses pour rendre le sujet accessible à tous. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez en savoir davantage, je vous conseille de lire l’ouvrage d’Anne Grosfilley et celui d’Anne-Marie Bouttiaux qui sont de réelles mines d’informations. Merci aussi à elles ! Sans la sortie de leur livre, je n’aurai jamais pu écrire cette belle Saga !

 

***

Épisode 1 de La Saga du Wax : les origines
Épisode 2 de La Saga du Wax : les secrets de fabrication
Épisode 3 de La Saga du Wax : la signification des motifs
Épisode 4 de La Saga du Wax : la révolte s’organise

 

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Bibliographie et webographie

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