Ce billet est le quatrième et le dernier billet dédié au hanbok, le vêtement traditionnel coréen. La premier billet était consacré à l’histoire de ce vêtement et de la Corée, le second à la symbolique de ce vêtement, le troisième au hanbok dans la création contemporaine. Si vous voulez lire l’intégralité en pdf, cliquez ici.
Mon entrée dans l’histoire du hanbok s’est faite par le prisme de la couture, comme cela a été pour le wax auquel j’ai consacré une série de billets publiés sur mon blog durant l’été 2018. Il me paraissait toutefois incongru de coudre un hanbok à proprement parler. Comme vous l’avez compris, il est porté par les Coréens lors d’événements particuliers. Moi, étant occidentale et vivant en France, à quelle occasion pourrais-je porter un hanbok ? Et puis, surtout, de nombreux créateurs et créatrices s’en sont inspirés pour créer des vêtements contemporains, que l’on peut porter dans la vie de tous les jours.
Alors, pourquoi ne pas coudre un vêtement moderne inspiré du hanbok ? Après quelques recherches pour trouver des patrons, j’ai découvert ceux de Sara, créatrice de la marque Sewing Therapy. Sara partage sur son blog des astuces couture et sur sa chaîne YouTube des tutoriels pour créer des vêtements à partir de ses patrons. Elle a notamment créé cinq patrons inspirés du hanbok commercialisés sur le site Two O Nine, du moins, c’est là que je les ai trouvés. Comme je souhaitais une tenue la plus proche possible d’un hanbok, j’ai choisi les deux patrons suivants : Hanbok Top & Jacket, l’équivalent du jeogori, et Hanbok Wrap Skirt, l’équivalent de la chima. Comme vous le verrez, son patron Hanbok Vest est une interprétation du jeogori, façon gilet sans manche.
Pour les réaliser, j’avais une idée très précise du résultat final en matière de couleurs et de matières : la jupe en bleu canard, la veste en doré voire avec un motif ; pour les matières, du lin et de la ramie. La veste est réalisée dans un tissu Jacquard double face, au motif graphique, gris clair, beige et doré. Ce tissu a été acheté aux Tissus du Chien Vert, en Belgique. Comme c’est un tissu Jacquard, il est assez épais, ce qui permet une belle tenue à la veste. Le tissu de la jupe a été acheté à L’Atelier de la Création. Il s’agit d’une ramie bleu canard. La ramie est une plante cousine de l’ortie. Le tissu fabriqué à partir de cette plante possède des propriétés semblables à celles du lin : résistance, brillance, respirabilité et douceur. Ces qualités en font un tissu précieux. Comme nous l’avons vu, ce tissu était également utilisé par les Coréens pour confectionner des hanboks. Le choix de la ramie est idéal pour un modèle à porter l’été.
Confection de la jupe
La jupe se compose d’une grande bande de tissu plissé et d’une large ceinture. Elle se noue à l’aide de liens, ce qui la rend simple à porter car sa taille s’ajuste facilement. Elle s’accorde donc à toutes les silhouettes, comme le hanbok. De plus, les plis lui donnent un mouvement gracieux et une certaine fluidité qui casse l’aspect hiératique donné par la longueur, le volume de la jupe et la largeur de la ceinture.
Comme elle est réversible, vous pouvez vous amuser en mêlant les tissus et les couleurs. Pour ma part, j’ai choisi de mélanger trois couleurs : le bleu canard de la jupe, le blanc et le camel pour la taille et le lien, qui sont respectivement en coton et en lin. Le blanc est une couleur que l’on retrouve en général sur le hanbok. Le camel s’accorde parfaitement avec le bleu canard et le beige du tissu de la veste. Même si elle est réversible, elle possède une face principale pour moi, celle où se trouve la ceinture blanche. Pour l’autre face, celle à la ceinture couleur camel, j’ai choisi de coudre du croquet blanc afin de cacher les coutures. Pour réaliser les liens et la ceinture, j’ai puisé dans mon stock et utilisé des chutes de tissus.
Cette jupe plissée peut se porter en toute occasion : avec un débardeur ou un tee-shirt, elle vous donnera un look casual chic au quotidien ; avec une veste, vous serez habillée pour une occasion plus formelle. Cette jupe est de niveau débutant. Elle ne présente, en effet, pas de réelles difficultés d’exécution hormis les coutures fermées et les plis. De plus, le pas-à-pas est bien détaillé et vous pouvez vous aider de la vidéo sur la chaîne YouTube de la marque. J’ai tout de même adapté ce modèle à ma morphologie et le tombé que je souhaitais. Tout d’abord, j’ai ajouté au moins 8 ans en longueur afin que la jupe tombe au milieu de la jambe. De plus, pour ma taille, le patron recommandait de couper trois pans de tissu et non deux. Toutefois, lorsque j’ai assemblé les pans et réalisé les plis, la jupe était trop volumineuse à mon goût. J’ai donc réduit le volume en coupant une partie en largeur
Confection de la veste
La veste se compose de manches 3/4, d’un col et une ceinture doublés. Elle se ferme à l’aide de lien cousus à la ceinture mais aussi avec des liens intérieurs.

La veste a été plus complexe à réaliser et m’a demandé plus de temps. Le patron est de niveau débutant à intermédiaire. De plus, j’ai fait certains choix techniques qui ont compliqué et allongé la fabrication. Comme pour la jupe, si j’ai acheté un tissu pour réaliser ce vêtement, j’ai réalisé les liens, la ceinture et le col avec des chutes de tissus, notamment différents cotons blancs mais cela ne se voit pas du tout. J’ai utilisé pour faire les liens intérieurs le même tissu que celui de la jupe, afin de faire un rappel et montrer que le tout constitue un ensemble.

Tout d’abord, j’ai adapté le modèle en ajoutant quelques centimètres en hauteur à la veste et aux manches. Pour cela, j’ai réalisé une toile, c’est-à-dire un prototype dans un coton simple que l’on nomme également « toile ». Lorsque l’on réalise une toile, il n’est pas forcément nécessaire de reproduire le vêtement à l’identique. Pour celui-là, il s’agissait de reproduire la base du vêtement avec les manches, les devants et le dos et la ceinture non doublée. Coudre cette toile m’a permis ainsi de vérifier le tombé du vêtement et si la longueur était adaptée. En l’occurrence, j’ai ajouté quelques centimètres de longueur aux manches à la veste. Enfin, j’ai choisi de faire des coutures fermées pour la veste, les coutures de la jupe étant elles aussi fermées. Cela se justifiait d’autant plus que le tissu est un jacquard et qu’il s’effiloche énormément. Coudre des coutures fermées était donc plus que nécessaire. Par ailleurs, il est indéniable qu’un vêtement avec des coutures fermées a une meilleure durabilité. Enfin, il témoigne de la qualité du travail du créateur ou de la créatrice. J’ai dû donc ajouter 1 cm de marge de couture en plus à toutes les coutures fermées : épaules et côtés du vêtement et manches. Toutes les coutures fermées sont des coutures anglaises, sauf les emmanchures autour desquelles j’ai posé un biais et le bas des manches sur lequel j’ai posé un ruban.

l’emmanchure, Crédit
photographique : Aurélia HOUDAYER

manche, Crédit photographique : Aurélia HOUDAYER.
J’ai aimé coudre ces deux patrons qui présentent peu de difficultés techniques et dont les pas-à-pas sont très détaillés. De plus, le support vidéo permet de comprendre la construction du vêtement en cas de difficulté. J’ai porté cet ensemble plusieurs fois et il fait un effet saisissant, donnant une allure très solennelle. Les pièces portées séparément et mixées avec d’autres vêtements font un look casual chic. En bref, vous pouvez porter un « hanbok » moderne sans l’impression d’être déguisée. De plus, en réalisant vous-même ces pièces, vous aurez la liberté du choix des matières. Dans tous les vêtements que je fais, je me sens bien mais ceux-ci ont une saveur particulière.
Conclusion
Le hanbok, le vêtement traditionnel coréen, dont l’origine remonte à plus de 1 500 ans, véhicule l’histoire de la péninsule coréenne : l’histoire de ses influences étrangères dues aux invasions mais aussi son histoire religieuse et morale, imprégnée de confucianisme qui a régi les relations humaines pendant des siècles. Même s’il est cantonné depuis plusieurs décennies à être porté qu’en de rares occasions, il reste pour les Coréens un symbole d’identité nationale dans un contexte d’exportation de la culture coréenne et d’attractivité touristique toujours croissante. Les designers contemporains ont réussi à faire évoluer ce vêtement. Tout en gardant des éléments significatifs, ils l’ont adapté aux goûts actuels des Coréens dans un monde hyperconnecté où les frontières entre les cultures sont de plus en plus poreuses. On peut se demander si les possibilités de moderniser le hanbok seront alors sans fin.
Bibliographie
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