Ce billet est le premier d’une série de quatre billets consacrés au hanbok, le vêtement traditionnel coréen, qui seront publiés durant ce mois d’août 2026. Après avoir publié une série de billets sur le wax durant l’été 2018, j’avais envie de rédiger une nouvelle série, cette fois-ci sur le vêtement traditionnel coréen : le hanbok. Mon intérêt pour le hanbok réunit deux de mes passions : la Corée et la mode. Pour lire l’intégralité de mes billets (en avant-première), cliquez ici.
Loin d’être un simple vêtement, le hanbok est l’habit qui a construit l’identité de la Corée, envahie plusieurs fois par des puissances étrangères au cours de son histoire. Même si de nos jours, il n’est porté que lors de rares occasions, il reste une clé de lecture de la création actuelle de mode en Corée comme le costume à la française en Europe, alors que Séoul fait partie maintenant des grandes scènes des secteurs du luxe et de la mode, largement internationaux et globalisés. L’histoire de ce vêtement et son évolution sont intimement liées à l’histoire de son contexte de production, qu’il soit politique, moral ou religieux car comme tous les vêtements, le hanbok est empreint de symboles. Si le hanbok a évolué au fil des siècles, les designers contemporains ont su le moderniser pour répondre aux besoins d’une clientèle soucieuse de son identité mais désireuse de conserver une liberté de mouvement.
Esquisse d’un vêtement
Littéralement, « hanbok » signifie « vêtement coréen ». Ce vêtement multiséculaire se compose, pour le haut, d’une veste (저고리, « jeogori ») que l’homme et la femme portent tous les deux. Par contre, la distinction entre les deux genres se fait dans le bas du costume : l’homme porte un pantalon (파지, « paji ») et la femme une jupe (치마, « chima »). Celle-ci est ample, froncée et montée sur une bande coton blanc qui fait office de ceinture. La jupe est nouée sur le devant au-dessus des seins. Quant à la veste, elle a la particularité d’être très courte.

Le hanbok dans sa version féminine a pour principale caractéristique la courbe. La coupe arrondie du bas de manche des jeogori féminins ont une forme en ailes de papillon. Les multiples couches de la jupe confèrent un volume important mais plein qui rend la jupe bouffante. Par sa souplesse et sa coupe ample, ce n’est donc pas un vêtement près du corps. Il a été, au contraire, conçu pour être confortable et commode. La particularité de la mode coréenne est de mettre le vêtement au service du corps et non l’inverse, contrairement à ce qu’a été la mode occidentale pendant des siècles. On peut citer, par exemple, les corsets portés par la gent féminine du XIVe siècle jusqu’au XXe siècle. On voit donc une différence notoire entre la conception du vêtement en Corée et en France. Autre différence notoire : quelque soit son statut social, la forme du vêtement reste la même. La distinction entre les différentes classes sociales se faisait, en effet, sur les textiles utilisés et les couleurs.
Le hanbok est complété selon la saison, le statut ou l’occasion par d’autres pièces vestimentaires : robes de dessus, gilets, vestes et manteaux. Il est également agrémenté d’accessoires choisis avec soin : chaussettes, chaussures, coiffes et chapeaux, épingles, ceintures ou encore ornements de passementerie appelés « norigae » (노리개). Ces ornements sont en fait des bijoux complétés de nœuds et de franges en soie. Elles peuvent contenir une boîte à parfum, un ornement en or, en argent, en jade vert ou blanc, en ambre, en corail ou avec des perles. Servant de porte-bonheur, sa taille est variable selon le rang de la personne qui le porte, l’occasion pour laquelle il est porté ou encore la saison. L’art des nœuds, appelé « maedup » en coréen (매듭) est une occupation typiquement populaire. On retrouve ces nœuds en décoration d’autres objets ou accessoires : instruments de musique, sacs ou bourses, éventails, etc.

Autrefois vêtement de tous les jours, le hanbok est aujourd’hui réservé aux occasions particulières comme le premier anniversaire d’un enfant, une cérémonie de mariage, les jours de fête comme Chuseok (추석), la fête des Moissons qui a lieu au milieu de l’automne, ou Seollal (설날), le Nouvel An lunaire. Si vous visitez les palais de Séoul ou les villages de « hanok » (maisons traditionnelles), comme Jeonju et Gyeongju, vous pourrez louer un hanbok. Le fait que les Coréens réservent le port de ce vêtement à des occasions spéciales et qu’ils veuillent ces jours-là se montrer sous un jour particulier est une preuve de respect envers leurs traditions, d’autant que son origine remonte à plus de 1 500 ans.
Une brève histoire de la Corée et du hanbok
Dans l’histoire de la mode, les historiens font face à un problème majeur : celui des sources. Ils sont effectivement obligés de s’appuyer sur plusieurs types de sources : archéologiques, artistiques et littéraires. Concernant l’histoire de la mode, la source la plus directe et la plus fiable sont évidemment les vêtements eux-mêmes. Pour les périodes les plus tardives, peu de vêtements anciens nous sont parvenus, à part quelques rares vestiges funéraires comme les costumes découverts dans les années 1960 dans la tombe de Yi Hwang (1501-1570), philosophe néo-confucianiste de renom. Les sources archéologiques complètent ces sources directes comme les peintures murales des tombes du royaume de Koguryo, datant des IVe-VIe siècle où les sujets représentés, de la haute société et des basses classes, portent soit des vêtements d’intérieur soit des vêtements d’extérieur. Les œuvres picturales, les sculptures et les dessins apportent un témoignage précieux sur le vestiaire de leur époque. Les costumes de cour sont particulièrement bien documentés grâce aux portraits officiels qui étaient réalisés pour représenter la cour de l’époque. Certains peintres de l’époque de Joseon (1392-1910) comme Kim Hong-do (1845-1906), Sin Yun-bok (vers 1758-après 1813) ou Kim Tŭk-sin (1754-1822) nous livrent un témoignage des vêtements des gens du peuple, au travail comme dans leurs moments de loisirs. Enfin, les sources littéraires et notamment les récits de voyages des occidentaux, à la fin du XIXe siècle, complètent les autres types de sources mais il faut conserver un esprit critique car elles sont souvent empreintes de préjugés. Le recoupement de ces sources de nature diverse nous permet alors d’avoir une image la plus fidèle possible des habits, tels qu’ils étaient conçus et portés.
Elles prouvent que les vêtements sont les témoins de leur temps, de l’évolution du goût et sont étroitement liés non seulement au pouvoir politique mais aussi au contexte social, moral et religieux. Si durant l’époque de Joseon (1392-1910), les costumes, en effet, sont contrôlés par des lois somptuaires, il existe une constante chez les Coréens que l’on retrouve à toutes les époques et ce dès la période des Trois Royaumes (57 av. J.-C.-668 ap. J.-C.), grâce aux sources écrites et objets relevant de la cosmétique : un désir manifeste de prendre soin de son corps et de son apparence. L’histoire du vêtement est donc étroitement liée aux faits historiques, au contexte politique et sociétal dans lequel il a été porté et c’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’évoquer les particularités vestimentaires pour chaque époque, d’autant que ce que nous nommons Corée fut un pays tour à tour envahi, unifié et morcelé. Lorsque l’on évoque la Corée, on désigne, en effet, la plupart du temps la Corée du Sud. Depuis 1953, année de la fin de la Guerre de Corée, deux pays coexistent : la Corée du Sud et la Corée du Nord. Toutefois, avant cette date, il n’existait qu’un seul pays, occupant la péninsule coréenne, entourée de mers et d’un puissant voisin frontalier au Nord : la Chine. L’origine du peuple coréen remonterait à plus de 5 000 ans, selon la légende de Tangun, fondateur du royaume de Gojoseon.
La légende de Tangun
Selon cette légende, Hwanung, fils du Ciel, était descendu pour vivre sur Terre. Son père Hwanin le laissa partir avec 3 000 hommes pour administrer les terres du Mont Baekdu, aujourd’hui situé en Corée du Nord. Attiré par la grandeur de Hwanung, un ours et un loup désirèrent devenir humains. Ils furent mis au défi afin de prouver leur détermination. Le défi consistait à rester cloîtrés dans une grotte pendant cent jours avec pour seule nourriture de l’ail et de l’armoise. Le tigre abandonna mais l’ours resta. Il fut transformé en femme et fut nommée Ungnyeo. Comme elle se sentait seule et souhaitait fonder une famille, elle épousa Hwanung. Ils donnèrent naissance à Tangun qui fondit le royaume de Gojoseon dont la capitale était Asadal, l’actuelle Pyongyang, capitale de Corée du Nord. Au Sud se trouvait le royaume chinois de Jin. Des siècles de luttes entre les deux royaumes s’achevèrent par une défaite de Gojoseon en 108 av. J.-C. face à la dynastie des Han.
Le premier vêtement élaboré et cousu porté par les Coréens à l’âge du fer (du IIIe au Ier av. J.-C.) est un habit à deux pièces, composé d’une veste à ceinturon portée sur un pantalon. Il s’agit d’un dérivé du costume nomade des peuples d’Asie du Nord et du Centre. Avec la sédentarisation et le développement de l’agriculture, les pantalons sont recouverts par des jupes tant pour les femmes que pour les hommes. La veste est adoptée par les hommes et les femmes de toutes les classes sociales, comme cela est le cas du hanbok.
Des Commanderies des Han aux Trois Royaumes (57 av. J.-C.-668 ap. J.-C.)
Les Han établirent au Nord quatre commanderies qui exercèrent leur influence entre 108 av. J.-C. et 313 ap. J.-C. grâce à un échange commercial et culturel avec la population locale. Une véritable conscience nationale naquit alors. Ces commanderies furent envahies ensuite par des exilés du royaume de Buyeo et unies sous le royaume de Koguryo qui s’étendait du nord de la péninsule jusqu’à la Mandchourie et l’Extrême-Orient russe. Au sud, trois « proto-royaumes » naquirent du royaume de Jin : Mahan, Jinhan et Byeonhan, appelés aussi Sahan. Ces « Han », différents de la dynastie chinoise, étaient des seigneurs locaux et donnèrent leur nom par extension au pays, Corée se disant « Hankok » en coréen (한국). Les deux proto-royaumes Mahan et Jinhan devinrent respectivement Baekje et Silla. Quant à Byeonhan, il devint la confédération de Gaya.
C’est donc au Ier siècle av. J.-C. que trois royaumes émergèrent : Baekje, Silla et Koguryo. Cette période est appelée par les historiens la période des Trois Royaumes. Dans la partie sud de la péninsule, d’autres royaumes coexistent avec ces Trois Royaumes et avec la confédération de Gaya. Le plus imposant de ces trois royaumes était Koguryo puisqu’il s’étendait jusqu’en Mandchourie. Il avait la réputation d’être un état guerrier car il rivalisait avec les Chinois.

Durant la période des Trois Royaumes, le commerce avec la Chine était florissant et malgré les guerres incessantes, l’art textile connut de grands progrès : sophistication des métiers à tisser, techniques de teinture, qualité des soieries et des broderies. Cet art principalement féminin était un art totalement original. L’origine du hanbok remonterait à cette période des Trois Royaumes. Il prit alors sa forme définitive et on considère que depuis cette période, son design général n’aurait pas changé, même s’il a subi quelques transformations au sein des différentes dynasties. Il était tout d’abord composé d’une veste fermée à gauche par une ceinture appelée « twii ». Ensuite, cette veste évolua pour imiter les vestes chinoises, nouées à l’aide de simples rubans. La fermeture passa ensuite de gauche à droite Les jupes des femmes du peuple étaient plus courtes et arrivaient au niveau du mollet pour des raisons pratiques. Même si le hanbok apparut à cette époque, chacun des Trois Royaumes possédait ses propres caractéristiques en matière vestimentaire.
Proche géographiquement de la Chine, le royaume de Koguryo fut grandement influencé par son puissant voisin, y compris sur le plan vestimentaire. En 372, une université est fondée, chargée de former des dignitaires sur le modèle chinois. Leur vêtement du quotidien est un costume classique ample à longues manches. Les peintures des tombes des Trois Royaumes en livrent un témoignage : femmes et hommes portent des robes à larges manches et col en V avec des pantalons serrés à la cheville par des cordons. Symbole de grandeur, d’opulence et de sophistication, il était orné de somptueuses broderies et de motifs complexes. Ces transformations montrent l’aptitude des Coréens à entretenir la tradition dans un esprit d’innovation. Quant aux chasseurs, ils portaient des vestes aux manches ajustées pour pouvoir plus facilement monter à cheval. Les vêtements des femmes sont de différentes longueurs : le bas peut s’arrêter à la cheville ou être à fleur de sol. Le vêtement du haut s’arrête à la taille ; il est brodé sur le cou et les poignets.

Dans le royaume de Baekje, royaume maritime et cosmopolite lié à la Chine et au Japon, l’aristocratie était très riche et très puissante et son style de vie était dispendieux. C’était alors le raffinement qui primait. La sériciculture y fut introduite par l’empereur chinois Wu Wang de la dynastie Zhou en 112 av. J.-C, avant la période des Trois Royaumes. La fabrication et la supervision des vêtements pour les fonctionnaires était contrôlée par l’État. Le port de certaines couleurs était déterminé par le statut et aussi l’occasion. Même si le style était plus riche que dans les autres royaumes, il était également plus détendu, ce qui est la preuve d’une société plus ouverte.
Quant au royaume de Silla, il était plus éloigné de l’influence chinoise. En conséquence, les traditions vestimentaires y étaient plus proches de celles de l’âge du fer : on y portait de larges robes aux vastes manches dotées d’une ceinture à la taille, des pantalons un peu larges et bouffants, des chapeaux pointus. Dans ce royaume, l’élégance était de mise. Les vêtements étaient très élaborés ; ils étaient notamment brodés de fils d’or, embellis d’ornements et étaient en couleurs vives, indices de classe sociale élevée et de noblesse.
Période de Silla unifié (VIIe-Xe siècle)
C’est finalement le royaume de Silla qui prit le dessus sur les deux autres grâce à une alliance avec la dynastie des Tang en Chine. En 660, il renversa Baekje ; en 667, il absorba la confédération de Gaya ; en 668, il précipita la chute de Koguryo puis mit fin à l’influence des Tang qui furent chassés du royaume.

C’est alors que Silla unifié entra dans son âge d’or, du dernier tiers du VIIe à la fin du IXe ou au début du Xe siècle. Une société très hiérarchisée se développa suivant le Système des Os, un système rigide et héréditaire de castes grâce auquel certaines familles détenaient le pouvoir et exerçaient le contrôle sur les autres. De nombreux bureaucrates ressentirent alors une immense frustration car ils se retrouvaient clairement bloqués dans leur ascension. Leur mécontentement engendra alors de l’instabilité et entraîna la chute de Silla à la fin du IXe siècle.
La hiérarchisation de cette société trouve un écho dans le vestiaire. En 834, en effet, le roi Hungdok publie un décret royal répartissant les textiles selon les classes sociales : la soie pour famille royale et les plus hauts dignitaires ; le chanvre, la laine et le ramie pour le peuple. Les dames de la cour étaient encouragées à pratiquer la broderie, qui n’était autorisée que sur les vêtements des nobles. Toutefois, les interdits vestimentaires s’assouplirent puisque les roturiers eurent le droit de porter des broderies.
Goryeo (918-1392)
Après la chute de Silla unifié, les Trois Royaumes furent de retour mais furent unis à nouveau en 936 sous le nom de Goryeo par Wang Geon. Ce royaume occupa la péninsule du début du Xe siècle à la fin du XIVe siècle. Le commerce était alors florissant grâce à ses trois produits de luxe : le papier, les céladons et le ginseng. Le royaume prit fin d’une part, à cause des conflits entre familles aristocratiques pour obtenir le pouvoir et d’autre part, à cause des invasions mongoles qui ravagèrent le pays. Au XIIIe siècle, Goryeo fut le vassal des Mongols. Au milieu du XIVe siècle, il reprit le dessus sur les Mongols et regagna ses territoires du Nord.
Sur le plan vestimentaire, la dynastie Goryeo est influencée par la dynastie des Song. La mode vestimentaire des officiels est imprégnée de cette influence chinoise puis c’est la mode vestimentaire des femmes de la cour suit le mouvement. Ensuite, ce sont les Mongols qui donnèrent le ton avec l’établissement de la dynastie Yuan en Chine, une dynastie mongole. Les femmes portaient alors des robes du dessus aux manches étroites sur une veste à col droit, décoré par un cordon appelé « dongjeong ». Ils transmirent aux Coréens leur goût des robes brodées d’or et décorées de pierreries. En 1304, par décret royal, ce luxe ne fut finalement réservé qu’aux seuls hommes de la cour. La coiffure et les accessoires ne sont pas en reste. Les chapeaux des princesses mongoles eurent une influence durable sur les coiffes des Coréens. Le « jokduri », petite couronne traditionnelle en soie noire portée lors de mariages et de fêtes, serait un descendant du « gogori », haut chapeau mongol. C’est à partir de cette période que les Coréens attachèrent la veste du hanbok par un ruban, fixé dans prolongement de la bande d’encolure. Cette attache est inchangée depuis la période de Goryeo car durant la période suivante, ils attachèrent de la même façon leur veste. Le hanbok dont les lignes furent fixées à l’époque des Trois Royaumes a donc gardé une certaine constance malgré des évolutions notoires durant les siècles suivantes jusqu’à prendre sa forme définitive durant la dynastie de Joseon.
La dynastie de Joseon (1392-1910)
Le général Yi Seong-gye monta sur le trône en 1392 et nomma le pays Joseon, en référence au royaume légendaire de Gojoseon. Il porte alors le nom de Taejo, en référence à Wang Geon, fondateur et premier roi de la dynastie Goryeo qui porta ce nom. Il fondit une nouvelle capitale du nom de Hanyang, l’actuelle Séoul, capitale de la Corée du Sud. En 1443, le hangeul (한글), l’alphabet coréen, fut créé sous l’impulsion du roi Sejong. Auparavant, la langue coréenne s’écrivait avec un système de transcription des caractères chinois. Peu de Coréens savaient donc écrire et lire, cela étant réservé à une élite. Pour remédier à ce problème d’illettrisme, il créa un alphabet simple à mémoriser. En effet, la volonté du roi était claire : l’alphabet devait être simple à assimiler de telle sorte qu’« un homme sage peut l’apprendre en une matinée, et un idiot en moins de dix jours ».
Le royaume de Joseon fut l’objet de toutes les convoitises des grandes puissances voisines : le Japon, la Russie et la Chine. Les rois qui se succédèrent jouèrent de cette rivalité et se mirent tour à tour sous la protection d’une puissante différente. En 1894, la révolution du Donghak éclata contre le système féodal. Le roi Gojong, qui régna de 1864 à 1907, fit appel à la Chine pour réprimer les révoltes paysannes. Le Japon envahit alors la Corée et la 1ère guerre sino-japonaise (1894-1895) éclata. Le Japon remporta la victoire et le traité de Shimonoseki fut signé : la Corée entra alors sous le joug de la domination de son voisin nippon. Le roi Gojong se plaça sous la protection de la Russie et les Japonais firent assassiner sa femme. En 1904, une guerre éclata entre la Russie et le Japon. Puis, en 1905, l’accord Katsura-Taft fut signé avec les forces américaines : le Japon garda la Corée sous sa domination en échange des Philippines et les Japonais remportèrent la victoire sur les Russes.
Malgré sa fin tragique et précipitée, la période de Joseon est une période de paix et de prospérité durant plusieurs siècles. Dans ce régime, d’inspiration néo-confucianiste, la hiérarchie était très stricte tout comme les règles vestimentaires de l’élite. De plus, l’isolement de la Corée durant les cinq siècles de cette période a engendré une rare sensibilité à la parure. Les vêtements étaient élaborés au sein d’ateliers officiels qui constituent une branche du ministère des Travaux publics. Le port de robes d’inspiration Ming était la norme à la cour mais on portait les tenues traditionnelles coréennes en dessous. Au quotidien, les reines et les princesses arboraient de longue veste aux manches étroites : le « tangui ».
Dans l’exercice de leurs fonctions, les hauts dignitaires portaient de robes chinoises adaptées selon les occasions : le « jo-bok » pour les audiences matinales du roi et le « kwan-bok » le reste du temps : robe en gaze de soie bleue, cousue sur une base de soie rouge. Une pièce de poitrine appelée « hyung-bae » étaient brodées en fils de soie polychromes. Elle indiquait la position du porteur selon l’échelle des rangs du service civil. Si la dynastie de Joseon a vu l’apparition et le port de plusieurs autres vêtements, elle est pour le hanbok une période charnière au cours de laquelle tous les éléments des époques antérieures ont été fixés pour conduire à sa version actuelle, très reconnaissable. Dans La troisième jeunesse de Madame Prune, publié en 1901, Pierre Loti écrivit à ce sujet : « D’ailleurs, dans toute cette bizarrerie des costumes, on ne sentait l’influence ni de la Chine ni du Japon, les deux redoutables pays voisins ». Même si le vestiaire coréen a été influencé au cours des siècles par d’autres traditions, le hanbok reste donc profondément coréen et est un marqueur de l’identité du pays. Durant l’époque de Joseon, il évolua vers des jupes plus volumineuses. Les femmes de la haute société portaient des jupons multicolores visibles par transparence ; les vestes des femmes devinrent plus courtes. Des accessoires comme les norigae ou les sacs en patchwork permirent de féminiser le hanbok traditionnel.

Il constitue à la fois le symbole de fondation et d’expansion de la Corée mais aussi celui de son déclin avec l’ouverture du pays sur monde extérieur. Sous la dynastie de Joseon, en effet, des réformes culturelles s’opèrent. Le dynamisme des ports entraîna l’importation de produits étranger et d’idées nouvelles. Les réformes Gabo de 1894 et de 1896, qui profitaient au Japon pour diminuer l’influence de la Chine en Corée, affaiblirent notamment les distinctions de classes en réponse à la rébellion paysanne du Donghak. Le costume occidental fut alors imposé aux hauts fonctionnaires et à leur personnel. Le hanbok, même s’il restait un symbole d’identité, fut alors simplifié pour faciliter le mouvement.
La Corée après 1910
La Corée qui était alors sous protectorat japonais, devint en 1910, grâce à un traité d’annexion, une province japonaise jusqu’en 1945 et la fin de la Deuxième Guerre mondiale. De 1950 à 1953, la guerre de Corée fit rage et divisa le pays entre ce qui deviendra la Corée du Nord sous influence sino-soviétique et la Corée du Sud sous influence étasunienne. Quant à savoir qui a commencé cette guerre, chaque camp s’accuse. Ce fut en tout cas une guerre très meurtrière avec 138 000 morts.
Après la Guerre de Corée, la péninsule fut scindée en deux pays de manière brutale car le 38e parallèle qui servit de frontière, coupant ainsi des villages en deux et séparant des familles. La Corée du Nord fut nommée « Joseon » (조선) en coréen, nom de la Corée avant le protectorat puis l’occupation japonaise. La Corée du Sud fut nommée « Hanguk » (한국) signifiant le « Pays des Han », ethnie historiquement coréenne. Cette distinction se retrouve dans la façon de nommer le vêtement traditionnel coréen. On parle de « joseonot » (조선옷), littéralement l’habit de Joseon au nord, alors qu’on le nomme « hanbok » (한복) au sud.
À partir des années 1920, la Corée, sous occupation japonaise, subit l’influence de canons de beauté étrangers. Le cinéma et les magazines diffusent l’image d’une femme aux cheveux courts vêtue d’habits occidentaux.

Il y a à cette époque une cohabitation entre deux styles, l’un traditionnel et l’autre jugé moderne et donc occidental. Après la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre de Corée, la Corée du Sud est un pays à reconstruire et à moderniser. Sous l’influence des États-Unis, les femmes s’émancipent peu à peu et le port de ce vêtement est relégué aux occasions particulières. On avance comme raisons son manque de confort, son coût élevé, la difficulté de l’entretenir et son aspect passéiste. En 1996, le gouvernement instaure une Journée du Hanbok, le 21 octobre, pour encourager son port. Véritable symbole d’identité, ce vêtement est le témoin de l’histoire morale et sociétale de la Corée.
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